
Transgenralité et sexoanalyse
Dr Christophe HERNANDEZ
Médecin, sexologue, sexoanalyste
INTRODUCTION
La diversité du genre est au cœur de polémiques et d’enjeux qui intéressent les personnes cisgenres et transgenres. Le genre est un système politique hiérarchique et social.
Les personnes Trans* n’ont pas besoin de nous pour vivre leur transition. Cependant, l’émergence de thérapies queer peuvent être une réponse à certaines personnes en souffrance ou en exploration.
Les objectifs sont de défendre la liberté de choisir son sexe, son genre et son état civil. Les personnes sont maîtres de leur corps et peuvent s’affirmer face aux injonctions sociales à la normalisation. Il est important de les protéger des violences et du pouvoir (M. Foucault).
Les questions autour du genre :
La transgenralité a été opprimée par le monde médical. La dépsychiatrisation française de la transidentité est publiée au Journal Officiel le 10 février 2010 (R. Bachelot). Les postures critiques ont permis une approche transaffirmative (« On est malade d’être discriminé mais on est pas malade d’être Trans* »). La personne Trans* devient experte de son identité avec un auto diagnostic. Les jeunes Trans* ac*cèdent à une visibilité croissante.
L’incongruence de genre disparait de la catégorie des maladies mentales dans le CIM-11 en 2021. La dysphorie de genre se concentre sur la détresse et l’inconfort dans le DSM-5 en 2022.
La tension s’intensifie avec la politique des diversités (Guerre féministe/Guerre Queer/Guerre Trans*).
Des standards de soins (SDS-8) proposés par la WPATH (Association mondiale des professionnels pour la santé transgenre) permettent de réviser les pratiques en santé Trans* en 2021.
La transgenralité concerne trois fois plus d’hommes que de femmes biologiques. Elle est plus élevée chez l’enfant que chez l’adulte. Les troubles du genre concernent jusqu’à 8,4% des enfants et adolescents versus 4,5% des adultes. 10% des jeunes se questionnent sur le genre (5,3% deviennent transgenres).
QUI A PEUR DU GENRE? (Judith BUTLER, 2024)
Le débat public défie le monde universitaire, l’intellectualisme et l’esprit critique. Le genre est déjà présent dans le désir énigmatique des parents vis à vis du nouveau-né (Jean LAPLANCHE). Il est constitué avec l’assignation de genre à la naissance mais révisable. L’expression du genre pose question, en priorité, dans le monde du travail (performatif, relationnel et intersectionnel).
La diabolisation du genre est animée par les anxiétés, les projections, les inversions et la colonisation intellectuelle du monde éducatif et du Sud global. Le mouvement anti-genre est religieux, géopolitique et transnational. Leurs armes sont la censure de l’éducation, la violence, la transphobie et la prohibition des soins de santé des enfants Trans*.
Défendre le genre nécessite une politique d’alliance indispensable et un combat contre-imaginaire. Notre pratique clinique défend la liberté de vivre et de respirer. Elle se bat contre toutes les formes d’oppression intersectionnelles et les violences de genre faites aux minorités. Elle déconstruit le genre naturel ou universel en un spectre, une mosaïque et une complexité vivante. Le langage inclusif (iels, elleux) facilite le travail. La déontologie et l’éthique nous motivent à mobiliser le droit à l’avortement et à l’adoption, l’accès à la technologie reproductive et aux services de santé sexuels et gynécologiques. Enfin, nous portons l’éducation sexuelle et faisons la promotion de la littérature jeunesse et adulte.
En dehors des cabinets, le transféminisme s’inspire de l’approche intersectionnelle développée par le féminisme noir et défend les droits des personnes trans racisées de tous âges, la réassignation sexuelle et la chirurgie de confirmation de genre. L’action positive Queer revendique les identités
comme étant diluées, mouvantes, multiples et contextuelles.
L’avenir du genre est opérationnel au Danemark, en Écosse, en Argentine ou en Californie.
LA DIVERSITÉ DU GENRE
L’identité de genre est le sentiment d’appartenance, ce qu’on ressent ou perçoit intérieurement de son genre. La perspective du genre peut être binaire homme/femme), fluide entre les deux (gender-fluid), non binaire (gender queer, gender fuck) ou ne pas se définir par rapport à son genre
(agenre ou neutre genral).
L’expression du genre est la double construction sociale qui prend sens dans une société donnée avec l’assignation sociale à la naissance, la personnalité, l’apparence, le comportement, le rôle social et la performance des codes liés aux stéréotypes de genre. La construction d’un genre ne va pas sans celle de l’autre (le masculin est pensé et vécu dans la relation avec ce qui est féminin).
Les personnes transgenres possèdent une subjectivité de genre différente de celle assignée à la naissance. La diversité genrale est définie aussi par l’acronyme MOGAI (Marginalized Orientations, Gender Identities Alignements and Intersex) ou orientations marginalisées, alignements de genre et intersexes.
La transgenralité vit un conflit entre le genre de la personne et celui que la société attribue à partir de son sexe physique. L’oppression développementale est illustrée par la transphobie (toutes les attitudes négatives envers les personnes non cisgenres) et la transphobie intériorisée (la haine
intériorisée de soi).
Le parcours de transition commence par un coming in (avec soi) et un coming out (avec les autres). Il est de plus en plus court (2 ans dans les recherches récentes). Il repose sur quatre reconnaissances : -subjective (relation à soi); -intersubjective (relation aux autres); -communautaire (communauté de valeurs) et -légale (relations juridiques).
L’expérience corporelle est un « genre de » corps qui n’est pas à soi. La non reconnaissance du corps et de ce qu’il exprime du genre (performance du genre) engendre de la souffrance psychique (angoisse, malaise, rejet de soi, dégoût ou tristesse), un sentiment de profonde inadéquation et une incohérence. Tout cela est ravivé par le mégenrage.
L’affirmation Trans* passe par la transitude (transness ou être trans), le passing (« être parfaitement passable ») mais aussi la détransition (plus fréquente chez les hommes Trans). Le rapport à la norme dépend de l’âge et de la couleur de peau. Les jeunes Trans* ont du temps pour penser et choisir leur transition. Les anciens Trans* n’ont pas eu le temps offert pour vivre la transition qu’iels, elleux avaient imaginée. Les femmes Trans* peuvent être objectivées, fétichisées
(« tranny chaser ») ou hypersexualisées (« Shemale »).
L’enjeu principal est de valider une identité de femme sexuelle et amoureuse comme toutes les compagnes, épouses et mères de ce monde. Les hommes Trans* peuvent être confrontés à un conflit de légitimité et une hypersexualisation apprise avec l’obsession de satisfaire le/la partenaire. Les personnes non binaires rejettent le rôle de genre restrictif, veulent valider leur identité et recherchent des partenaires plutôt queer, gender fluides, non-binaires ou Trans*. Les femmes Trans* racisées sont celles qui souffrent le plus (intersectionnalité).
Les couples Trans* (queer/non binaires, femme cis-AMAN/AFAN et homme cis-femme Trans*/hommes Trans*) existent mais les données actuelles sont peu nombreuses.
LES CORPS ET LES GENRES
Tous les corps sont beaux et légitimes. Les corps Trans* sont en perpétuel mouvement avec une viscosité du genre et une différence des vécus corporels (corps non binaires, agenres, fluides, gender fuck, cyborgs, cybernétiques organismes ou hors catégorie). Ils sont le produit d’un désir et du progrès de la science. Les avancées biotechnologiques débinarisent les corps (L. Laufer, 2025).
Le corps érotique Trans* recodifie un SEXE TRANS* NON-BINAIRE POSITIF. Il est vecteur de nouveaux rôles sexuels. Il a du mal à construire un rapport à soi et un érotisme « propre » avec la légitimité de l’amour de l’autre pour soi. Les corps permettent l’exploration de la sexualité de façon abstraite puis concrète avec sensualité et sensorialité. Il est important de déconstruire le « mauvais corps » et les stéréotypes de genre. Chaque culture a ses spécificités et il est essentiel
de se décentrer de la forme du corps (objet).
Être sujet Trans*. Il existe une corrélation entre la diversité du genre et la neurodivergence. Il est donc important d’intégrer les composantes de la neurodiversité dans le rapport au toucher, au corps et à l’érotisme. L’asexualité avec l’absence d’incarnation érotique doit être respectée. L’exclusion a des conséquences négatives sur le comportement sexuel (absence de contraception, rapports sexuels sans consentement et tôt dans l’adolescence, plus de violences sexuelles).
L’éducation sexuelle inclusive peut se faire à travers les réseaux sociaux ou la littérature. La relation sentimentale/affective sera moins difficile pour les jeunes avec un côté expérimental. Les femmes Trans cherchent de nouveaux conjoints. Les hommes Trans ont tendance à rester avec la même partenaire.
Être parent Trans*. Le désir d’enfant existe avec la parentalité queer mais les jeunes Trans* ont une vision peu claire et peuvent refuser la préservation de fertilité. Ils peuvent s’orienter vers la coparentalité, l’adoption ou la famille d’accueil. Les hommes Trans* peuvent suspendre leur hormonothérapie et être « père enceint ». Chez les couples Trans*, le divorce peut générer des gardes d’enfants injustes et stigmatisantes.
SEXUALITÉ AU PLUR-IELS
Les personnes Trans* ont une sexualité et considèrent que la fonctionnalité sexuelle est primordiale. Les difficultés sexuelles sont semblables par la suite à celles de la population générale. Les sujets qui n’ont pas développé d’habilités sensuelles et sexuelles avant la transitude seront confrontés aux mêmes difficultés sexuelles.
La sexualité Trans* peut évoluer dans la cadre d’une transition. Les désordres sexuels peuvent être une défense éventuelle contre une anxiété ou le résultat d’une anxiété. L’autre (réel ou imaginé) peut inhiber ou activer le désordre. Les soins d’affirmation de genre et de la santé sexuelle (hormonothérapie, chirurgie,
psychotropes) peuvent donner des effets indésirables sur la sexualité. Les troubles du désir fluctuent en fonction du dosage des hormones. L’hormonothérapie
contextualise la sexualité et modifient les traits de caractère. Le désir est dépendant de l’appropriation des nouveaux organes génitaux dans le rapport à soi et aux autres dans l’intimité.
Le désir obéit à une nouvelle dynamique à explorer (désirant/désiré; objet/sujet). Les troubles de l’excitation sexuelle et/ou de l’orgasme interagissent avec l’incidence de la chirurgie de transition sur la fonction sexuelle (lubrification vaginale, prothèse). De nouvelles sensations et des nouvelles pratiques sexuelles peuvent déconnecter, éviter ou dissocier l’excitation sexuelle de la stimulation des organes génitaux.
La satisfaction sexuelle est très moyenne et dépend beaucoup des attentes des personnes Trans*. Elle peut diminuer avec l’évitement de la communication sexuelle ou la baisse de la capacité d’action (affirmer ce qui est agréable ou négocier le préservatif).
LES OBJECTIFS THÉRAPEUTIQUES
Les personnes Trans* se méfient et espèrent paradoxalement beaucoup des sexologues. Il est utile d’être à l’écoute du vocabulaire utilisé par la personne Trans* dans l’espace thérapeutique. L’objectif principal est la sécurité.
La prise en charge des troubles sexuels chez les personnes Trans* a comme objectifs : -ne pas médicaliser l’individu; -être « sujet » dans son parcours d’affirmation de genre et -vivre le plaisir sexuel tout en étant « sujet » de sa sexualité. Les axes de travail sont l’intégration positive du genre (objets flottants, fantasme Roi/Reine, les imagos, les représentations internes de la féminité et de la masculinité), l’intimité, les modèles de construction de la sexualité Trans* (agentivité, intégration des néosexualités ou sexualités périphériques) et la construction du sentiment positif de soi (subjectif et corporel).
Les thérapies affirmatives font appel à l’humilité des professionnels de santé et à la santé globale du patient-expert avec une transition individualisée, consentie et éclairée. Il s’agit d’évaluer et d’identifier les dimensions fondamentales composant l’identité. Les théories internes doivent être déconstruites. Il est nécessaire de dépister et intégrer les neurodivergences comme les traumatismes.
Tout cela permet de caractériser un individu pour adapter une prise en charge médicale/chirurgicale/sexoanalytique de manière individualisée.
LA SEXOANALYSE
Développée dans les années 80, la Sexoanalyse plaçait déjà la question du genre au coeur de son approche. C’est une théorie du genre où le genre n’est pas le sexe. Le genre est fluide et mouvant.
La sexualité se développe autour de trois axes : -la genralité; -le rapport à l’Autre et à soi-même et les fonctions érotiques (réalité, fantasmes, rêves). A l’heure actuelle, on n’a pas de théorie intégrative pour expliquer la construction du genre.
Mais cette dimension est incontournable et en pleine évolution. Elle gardait une position défensive face au genre (hétérosexualité phallo-vaginale) au début de sa création par Claude Crépault. Denise Médico parle ensuite de neutralité genrale. Hélène Côté propose le concept de protogenralité (protoféminité et protomasculinité) dans le développement de l’enfant.
L’identité homme/femme n’est pas le genre sinon comment envisager la féminisation des hommes et la masculinisation des femmes. Le genre est le masculin et le féminin. L’identité de genre produit l’imaginaire érotique avec les fantasmes.
L’accompagnement sexoanalytique vise notamment à comprendre l’identité et l’orientation de genre du patient.e. C’est également un outil très utile pour identifier et résoudre les anxiétés genrales liées à la discordance entre le corps et l’identité de genre.
Chez les femmes Trans*, la première anxiété genrale est l’anxiété de féminitude (ou « peur de ne pas en faire assez ») avec un refuge fréquent dans l’hyperféminité défensive. L’anxiété de féminisation (ou « peur d’en faire trop ») résonne avec la peur d’être érotiser comme une femmeobjet. Enfin, cela peut conduire à l’anxiété de démadonisation ou la peur d’être réduite à un objet sexuel ou d’être souillée.
Chez les hommes Trans*, l’anxiété de masculinitude (ou « peur de ne pas en faire assez ») résonne avec l’anxiété de performance lors du premier rapport sexuel. Plus elle est élevée, plus le risque de fragiliser le fonctionnement sexuel est grand. L’autre anxiété est intra-genrale avec la rivalité entre hommes. Ils se sentent menacé par la présence d’un homme plus viril.
Chez les femmes et les hommes Trans*, on retrouve l’anxiété d’échec et de performance, l’anxiété de culpabilité du plaisir, la peur de la douleur physique, l’anxiété du contrôle et de la fétichisation, l’anxiété narcissique, l’anxiété de persécution ou d’anéantissement, l’anxiété d’abandon et l’anxiété de soumission.
Les érotismes des nouveaux couples sont harmonisés à la lumière des connaissances sexoanalytiques (clivage des sexualités fusionnelles/antifusionnelles, clivage madone/antimadone, les modes d’érotisation et l’imaginaire érotique).
CONCLUSION
La question du genre est au coeur de l’approche sexoanalytique.
Les enjeux sont les suivants :
- Être plus souple avec son propre genre et avec ce que la relation à l’autre fait émerger
- Se libérer des pensées liées aux performances de genre dans la sexualité
- Diminuer les anxiétés liées au genre
- Identifier les enjeux relationnels et identitaires derrière la sexualité.
En s’intéressant à l’individu dans toutes ses dimensions (sexuelle, personnelle, genrale), la Sexoanalyse offre une ouverture dynamique sur la réalité clinique et permet une écoute intersubjective avec le patient.e. Elle ouvre enfin le champ des possibles pour la prise en charge thérapeutique.
Les personnes Trans* trouvent leur place dans la diversité du genre, sont accompagnées dans le processus de coming out, améliorent leur qualité de vie (90% des cas), ont accès au traitement d’affirmation de genre (80% de satisfaction dans la réassignation sexuelle) et améliorent leur sexualité (augmentation de la fréquence des rapports sexuels).
RÉSUMÉ
L’avenir du genre intéresse le monde. Les personnes Trans* n’ont pas besoin de nous pour vivre leur transition. Cependant les thérapies queer peuvent offrir une aide. La diabolisation du genre est portée par le mouvement anti-genre. Défendre le genre peut être un combat contreimaginaire.
L’identité et l’expression de genre traduisent la diversité du genre. La transgenralité vit une oppression développementale. La non reconnaissance du corps engendre de la souffrance psychique. L’affirmation des femmes Trans* racisées est la plus douloureuse.
Les corps Trans* sont en perpétuel mouvement et inventent un sexe Trans* non-binaire positif. Ils sont vecteurs de nouveaux rôles sexuels. Ils varient selon les cultures. La subjectivité Trans* intègre les composantes de la neurodiversité. Enfin, la parentalité Trans* est à géométrie variable.
La sexualité Trans* est primordiale. Les désordres sexuels peuvent être une défense ou le résultat d’une anxiété. Les soins de transition peuvent provoquer des troubles du désir, de l’excitation sexuelle et/ou de l’orgasme. La satisfaction sexuelle est variable.
Les personnes Trans* se méfient et espèrent beaucoup des sexologues. La prise en charge propose quatre axes de travail. Les thérapies affirmatives reconnaissent la personne Trans* comme patient.e-expert.e. Cela améliore la qualité de vie, la satisfaction et la sexualité.
La Sexoanalyse place la question du genre au coeur de son approche. Elle n’a pas de théorie intégrative pour expliquer la construction du genre. Cette dimension est en pleine évolution.
L’identité homme/femme n’est pas le genre. L’identité de genre produit l’imaginaire érotique avec les fantasmes. L’accompagnement sexoanalytique vise à comprendre l’identité de genre et l’orientation de genre du patient.e. Il identifie et résout les anxiétés genrales. Les connaissances sexoanalytiques éclairent les érotismes des nouveaux couples.
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BIBLIOGRAPHIE
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